UNE JEUNE FILLE PERDUE DANS LE SIÉCLE… GONÇALO M. TAVARES

— C’est votre fille ? — Non, répondis-je. Je l’ai trouvée dans la rue. J’ai déjà demandé dans des magasins : personne ne sait qui elle est. Personne ne l’a jamais vue dans le quartier. Elle est à la recherche de son père. Elle s’appelle Hanna. Il y a une institution qui accueille ce genre d’enfant, je vais l’y conduire. Marius – qui jusque-là fuyait un danger inconnu – décide de prendre Hanna sous son aile et de l’aider à retrouver son père. Un détail retient son attention : la jeune fille tient entre ses mains une boîte contenant une série de fiches dactylographiées destinées à l’« apprentissage des personnes handicapées mentales. » Mais cette définition, handicapée mentale, s’applique-t-elle vraiment à la situation de la jeune fille ? Rien n’est moins sûr.

 

UNE JEUNE FILLE PERDUE DANS LE SIÉCLE, À LA RECHERCHE DE SON PÈRE
GONÇALO M. TAVARES, DOMINIQUE NEDELLEC (traducteur)
EDITIONS VIVIANE HAMY
13 SEPTEMBRE 2018
240 PAGES
MALADIE, ROAD TRIP

 

 

Hanna.
Marius.
C’est une rencontre. Le choc des personnalités. L’appréhension de l’autre. Hanna, elle est cette jeune fille égarée, traînant à ses poches quelques fiches. Manuel de survie pour personne handicapée – trisomique précisent les bristols. Et Marius, il est en cavale. De quoi. Pourquoi. La question reste en suspens. Comme une honte. Une peur de divulguer la vérité. Après tout, si l’enfant savait, resterait-elle ? De la rencontre survient la nécessité de retrouvailles avec un paternel. Hanna est perdue, égarée à des lieux qu’elle ne semble pas connaître. Marius devient alors le guide, protecteur d’une petite qu’il connaît à peine. Commence à un voyage à deux. Une destination inconnue pour ces deux éclopés qui n’auraient jamais dû se rencontrer.
La lecture s’oriente en deux sens. Un chemin pour la simple réalité des faits contés, et l’autre bardé d’imaginaire. Comme une impression de plonger avec Alice (aux pays des merveilles), ou de suivre Dorothy à la recherche du Magicien d’Oz. J’en ai choisi le second chemin, le plus noueux, mais peut-être le plus intriguant.
Chercher le père dans l’immensité d’une ville.
Retrouver les liens familiaux qui semblent être brisés.
Et si peut-être, la question était simplement de faire confiance à autrui.
Apprendre à vivre.
Les rencontres s’entremêlent, forment parfois conglomérat de personnages qu’il faut parvenir à extirper. Un antiquaire et sa caverne d’ali baba. Des propriétaire d’hôtel qui pourraient être les résidents de l’Overlook (Shinning, Stephen King). Un peintre qui se plaît à capturer les malades. Et toujours un menteur qui s’amuse de ses pitreries. Ils sont une farandole, une ronde de laquelle il est nécessaire de s’extirper pour continuer leur voyage.

Je sens qu’on abuse de la réalité. Quelqu’un semble continuellement apporter par chemin de fer de gigantesques cargaisons de réalité, comme si celle-ci avait pour de bon un poids, comme si elle était faite d’un matériau concret et qu’on avait chargé quelqu’un, ou une institution à l’origine et aux finalités inconnues, d’en assurer la fourniture.

Une histoire curieuse, parfois rocambolesque. On frôle l’humour noir, on s’étonne, on questionne le passif des personnages. De la plume de l’auteur, il faut savoir apprécier les phrases longues, entrecoupées d’une multitude de virgules. Particularité qui m’a parfois dérangé à la lecture – ayant plutôt un amour des phrases courtes (merci Marguerite Duras).

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