NÉ D’AUCUNE FEMME, FRANCK BOUYSSE

« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.

Né d'aucune femme

Un roman dont je lorgne la couverture d’un oeil mi-intrigué, mi-dégouté ; la faute à ma phobie des bébés. Un livre dont je n’en lis que des critiques positives mais également la certitude que c’est noir, audacieux, parfois dérangeant. Un livre que je ne prends pas le temps de lire à sa sortie ; comme d’autres, beaucoup d’autres. Il me faut du temps pour oser y plonger, enfin saisir les jours nécessaires à la lecture. Je débute. Timidement. Inquiétude qui surgit, celle d’être déçue. C’est sur liseuse que j’entame les premières pages, premiers pourcentages.
Déjà 16%.
J’avance.
Rapidement.

Les chapitres sont courts. C’est un roman chorale, qui propose les voix de Rose, Edmond, Gabriel, Onésime et Elle (la mère). Des chapitres vifs, à la plume changeant selon les personnages. Un effort littéraire intéressant, permettant de mieux s’immerger à la caboche de chacun. D’abord personnages disparates, sans réel lien, l’histoire se tisse, entremêle les noms, parvient à lier chacun de ces personnages qui ont tous connus Rose. De l’histoire, comme toujours, je vais en taire les principales idées, les dénouements et tout ce qui crée ce besoin de tourner les pages, d’en dévorer les mots.

Ce que je retiens. C’est la banalité des premières phrases, la petite vie des gens de campagne aux premières pages. Rien ne présage le crescendo de l’horreur qui harponne le lecteur. Roman noir rural. On s’immerge entre les atrocités. On pénètre au coeur des foyers, là où se jouent les drames, où gangrène la misère de la condition féminine. Après tout, qu’est-ce qu’une fille au XIXème ? Ou une femme pour des résidents de la campagne ? Un ventre. Uniquement. Une chair à vendre. C’est là le destin de Rose. Enfant vendue. Femme utilisée. Empoignée. Enfermée.

Le roman capte les crachats de l’Homme. Sa capacité à s’enfoncer dans la fange, à en oublier toute moralité pour ses propres désirs, son égoisme. Rose est un pion féminin. Un personnage que chacun orchestre pour ses volontés.

Né d’aucune femme.
Né d’un nom qu’on a préféré taire.
Né entre les secrets.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s