UN PEU DE NUIT EN PLEIN JOUR, ERIK L’HOMME

« Il ne reste plus que ça aujourd’hui, la communion des caves, cette sauvagerie qui seule subsiste une fois quittée la grisaille de la surface où les clans survivent dans des boulots plus pourris qu’une charogne oubliée sur un piège. »

Ce pourrait être le monde de demain. Paris est envahi par une obscurité perpétuelle et livré aux instincts redevenus primaires d’une population désormais organisée en clans. Dans ce monde urbain terriblement violent, Féral est un des derniers à avoir des souvenirs des temps anciens. Il est aussi un as de la « cogne», ces combats à mains nues qui opposent les plus forts des clans dans des sortes de grand-messes expiatoires. C’est lors d’une de ces cognes qu’il rencontre Livie, qui respire la liberté, l’intelligence, la force. Leur amour est immédiat, charnel, entier. Mais le destin de Féral va se fracasser sur cette jeune femme qui n’est pas libre d’aimer.

Né d'aucune femme

Un titre un peu long. C’est ici le nom de l’auteur qui m’attire vers la lecture. Erik L’Homme, j’en ai le souvenir d’une lecture pour adolescents ; Sparte. Un récit singulier, intéressant mais dont la fin m’avait laissé trop de questions.

Un peu de nuit en plein jour. C’est le récit des rencontres, des oppositions, du choc entre les corps. Le choc, avant tout, dans les caves, ces lieux sous-terrains où se castagne une partie de la population. Les paumés, les éclopés, les démunis. Ils viennent tacler l’adversaire, faire saigner, se sentir vivants. On y vit en clans. On sait que la durée de vie sera moindre, alors on abuse, on use, on crame le fil de la vie pour s’assurer d’en avoir profité jusqu’à la dernière cendre. Féral est de ceux-là. L’un des plus anciens. Féral, c’est avant tout un corps, une énergie fulgurante. Et surtout la mémoire d’un autrefois dont il peine à se rappeler, mémoire prodiguée par son père. L’autrefois. Quand le ciel pouvait se targuer d’un bleu étonnant, quand l’air n’était pas encrassé, quand le sommet des montagnes pouvait se deviner. Autrefois.

Féral, c’est l’existence solitaire jusqu’à la rencontre avec Livie. Enfant des coups également. Venue expier lors de la « cogne ». Rencontre des corps, puis des esprits. Mélange incertain entre jeunesse et éclat de la vieillesse.

Le récit alterne entre deux personnages. Féral et Clarisse. Deux oppositions. L’un encrassé dans la misère d’un monde à bout de souffle. L’autre au sommet, à tutoyer l’immortalité. Misère et grandeur. Le sommet qui se targue d’aucune maladie, ni défaut. Mais la mort n’est plus une crainte, n’est plus la dernière dalle de la vie. Ils ont tout mais égarent le principal ; la volonté de vivre.

Un conte.
Ou peut-être une fable à propos de notre société actuelle ?
Erik L’Homme signe un roman court, mais dense par le récit, et par les mots qui empoignent le lecteur, n’offrent répit que lorsque se tourne la dernière page. Un roman où l’imagination du lecteur est conviée pour tisser ce monde crasseux et noueux. Certains regretteront le manque de descriptions, le manque de « contexte » mais je suis ravie de ce choix, de cette liberté octroyée au lecteur. C’est un enfer à personnaliser. Tout un monde à mettre en chair et os. Une arène où se joue le conte de Féral et Livie.

 

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