EAU DOUCE, AKWAEKE EMEZI

Au Nigéria, dans la cosmologie igbo, lorsqu’un enfant est dans le ventre de sa mère, il est façonné par des esprits qui déterminent son destin. Mais à la naissance de la petite Ada, les portes entre le monde des humains et celui des esprits se sont temporairement ouvertes, le temps pour ces derniers de s’immiscer dans le corps de la fillette et de s’y trouver bloqués. Un pied dans le monde des vivants, un pied dans le monde des esprits, Ada va ainsi grandir envahie par un cortège de voix qui vont se disputer le contrôle de sa vie, fractionnant son être en d’innombrables personnalités. Mais lorsque Ada quitte son berceau géographique pour faire ses études aux États-Unis, un événement traumatique d’une violence inouïe va donner naissance à un nouvel esprit, beaucoup plus puissant, beaucoup plus dangereux. Ce nouveau «moi» prend possession d’elle et se nourrit de ses désirs, de sa colère et de sa rancœur. La vie de la jeune fille prend alors une tournure de plus en plus inquiétante, où la mort semble devenir une séduisante échappatoire.

EAU DOUCE

Eau douce.
Nigeria. On suit la jeune Ada. Enfant habitée par des esprits. Façonnée par différentes personnalités qui vont s’entrecroiser et se batailler le droit d’exister. Enfant, ils sont là avec elle. Protecteurs de cette enveloppe de chair qui leur a permis de quitter leur monde.

À travers Ada, c’est toute une mythologie qui se façonne. Celle des esprits. D’une culture igbo. Le roman se construit sur une base ésotérique, peut-être aussi un peu fantastique. Les premières pages et premiers chapitres sont complexes. Il faut pouvoir s’immerger à cette cosmologie inconnue. Comprendre. Situer. Nommer les différents esprits. Ce sont eux qui racontent, qui prennent corps, sont les narrateurs d’une histoire à laquelle ils ont pris part sans nécessairement le vouloir. La complexité se forme via ce voile qui se pose sur Ada. Rarement le personnage principal expose ses émotions, celles-ci passent par le prisme des esprits, des autres personnalités qui galopent et étouffent Ada.

Un roman à deux strates se forme au fur et à mesure qu’on suit les péripéties de l’Ada. La première est d’y voir le récit fantaisiste d’une possession. D’un monde gorgé d’esprits. L’autre strate offre la vision d’une caboche nouée d’une maladie mentale.

L’auteure ne s’embarrasse pas d’incorporer des parcelles de bonheur et autres fantaisies pour atténuer la noirceur des propos. C’est cru. Parfois violent. Malsain. Mais la maladie n’est pas un terreau de tranquillité. C’est le duel constant. La bataille. Le cataclysme mental. Une écriture ciselée, sans fard. Elles luttent les personnalités, elles croquent, elles dérangent, elles distillent doute. Elles.

Une pluralité d’envies, de caractères, de sexualités.

Une belle découverte. 
Un roman fort, éprouvant. 
Un récit duquel on s’extirpe difficilement tant la construction est dense. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s