PRÉFÉRER L’HIVER, AURÉLIE JEANNIN

À distance du monde, une fille et sa mère, recluses dans une cabane en forêt, tentent de se relever des drames qui les ont frappées. Aux yeux de ceux qui peuplent la ville voisine, elles sont les perdues du coin. Pourtant, ces deux silencieuses se tiennent debout, explorent leur douleur et luttent, au coeur d’une Nature à la fois nourricière et cruelle et d’un hiver qui est bien plus qu’une saison : un écrin rugueux où vivre reste, au mépris du superflu, la seule chose qui compte.

EAU DOUCE

Elles sont deux. Une mère et sa fille. Deux personnages féminins esseulés dans une cabane abritée par la forêt. Pourquoi sont-elles ici ? Pourquoi sont-elles toutes les deux ? Les réponses s’absentent. Les explications sont rares, quasi inexistantes. Ce qui importe, ce sont les réflexions de la fille qui jalonnent le roman et portent le texte. Des réflexions qui questionnent le rapport à la nature. Celle qui les englobe, les observe, leur permet de survivre. La Nature s’invite comme un personnage à part entière. Elle est danger tout autant qu’elle les protège.

C’est l’hiver dans son manteau épais qui s’impose, qui est exposé. Une nature dangereuse, pétrifiée. La neige enveloppant les esprits, condamnant les corps aux mouvements les plus simples.

Mère et fille. Elles n’ont pas d’identité. Leur passé est à peine évoqué, il est survolé. Quelques bribes apparaissent tout au long des pages. Des passages rares, quelques paragraphes seulement qui tendent à expliquer leur présence dans cette cabane isolée. De ce passé, des suggestions de ce qui a pu leur arriver, ce n’est pas le plus important à la lecture de ce roman. Certains lecteurs en seront peut-être déroutés, s’attendront à des explications, à une raison. Il ne faut pas chercher, juste apprécier, se laisser envoûter par les mots, par cette mélancolie qui berce les pages.

Un roman qui n’est pas sans rappeler Sukkwan Island de David Vann. Une nature devenant parfois hostile mais une nature omniprésente, qui met au défi la survie de la mère et de la fille. Une nature qui aide à enfouir les souvenirs, à enterrer le deuil qui gigote dans le coeur des deux personnages. 

Un premier roman qui étonne.
Une plume qui séduit.
Le thème du deuil traité avec pudeur.

2 commentaires sur « PRÉFÉRER L’HIVER, AURÉLIE JEANNIN »

  1. J’avais adoré ce premier roman dont tu parles super bien! Si tu as aimé celui-ci je te conseilles également Le mur invisible ainsi que Dans la forte de Jean Hegland si tu ne les as pas encore lus 🙂

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