LA PETITE DERNIÈRE, FATIMA DAAS

Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière. Celle à laquelle on ne s’est pas préparé. Française d’origine algérienne. Musulmane pratiquante. Clichoise qui passe plus de trois heures par jour dans les transports. Une touriste. Une banlieusarde qui observe les comportements parisiens. Je suis une menteuse, une pécheresse. Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper-inadaptée. J’écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J’ai fait quatre ans de thérapie. C’est ma plus longue relation. L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. Je me croyais polyamoureuse. Lorsque Nina a débarqué dans ma vie, je ne savais plus du tout ce dont j’avais besoin et ce qu’il me manquait. Je m’appelle Fatima Daas. Je ne sais pas si je porte bien mon prénom.

EAU DOUCE

Je m’appelle Fatima Daas.
Je porte le nom d’un personnage exemplaire en islam.

C’est un monologue de 187 pages. Des questionnements, des attentes, des réponses qu’elle voudrait entendre, mais dont elle n’ose pas formuler la question. Fatima, c’est l’Algérie comme racines, comme ancêtres. Fatima. Une culture, une religion musulmane. Fatima, elle est la petite dernière d’une fratrie de filles. On aurait bien souhaité qu’elle soit un garçon. À défaut, elle s’habille comme un garçon, traîne avec une bande de garçons. Ça n’irrite personne durant un temps, puis vient le moment de  »devenir femme », de s’habiller comme une fille, de se comporter comme une fille. Et donc… d’aimer un garçon ?

Fatima. Elle est musulmane pratiquante, elle prie, s’en remet à Dieu. Puis viennent les interrogations. L’homosexualité dont elle ne peut pas parler, dont tout le monde tait l’existence. Quelques mots échangés avec l’imam. « C’est pour une amie qui… » L’envie de dire la vérité à sa mère puis se taire. Par peur de la honte, par crainte d’entacher le nom qu’elle porte. La honte, elle revient souvent, elle est moteur de ses réflexions. Ne pas faire honte, mais continuer d’avancer, ne pas se laisser avoir, ne pas être engloutie par des préceptes. Concilier religion et sexualité. Ne pas délaisser l’un au profit de l’autre.

Elle avance, elle sillonne entre les textes d’une religion qui nie son existence.

Des mots justes, des phrases courtes. Fatima Daas impose son monologue, le construit par bribes, tisse des souvenirs, s’évade vers le passé pour revenir au présent. On vogue entre ses pensées, on s’accroche, on est embarqués.
Un premier roman étonnant, brillant. 

Ça raconte l’histoire d’une fille qui n’est pas vraiment une fille, qui n’est ni algérienne ni française, ni clichoise ni parisienne, une musulmane je crois, mais pas une bonne musulmane, une lesbienne avec une homophobie intégrée.

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