CES ORAGES-LÀ, SANDRINE COLLETTE

Clémence a trente ans lorsque, mue par l’énergie du désespoir, elle parvient à s’extraire d’une relation toxique. Trois ans pendant lesquels elle a couru après l’amour vrai, trois ans pendant lesquels elle n’a cessé de s’éteindre. Aujourd’hui, elle vit recluse, sans amis, sans famille, sans travail, dans une petite maison fissurée dont le jardin s’apparente à une jungle. Comment faire pour ne pas tomber et résister minute après minute à la tentation de faire marche arrière ?

Clémence.
Trente années.

Un éclair de conscience : elle se retourne et cette fois, elle crie – un cri qui n’en est plus un, un hurlement, une épouvante pure, l’expression de ses nerfs à vif comme arrachés, et l’ultime pensée qu’il est trop tôt, il fallait tenir jusqu’à quatre heures, il est trop tôt, trop tôt.
Et puis, il s’abat sur elle.

C’est la nécessité de fuir qui serpente dans son cortex. Ce sont deux guiboles qui voudraient s’échapper, s’arracher à la terre boueuse, décamper. Loin. Clémence. Elle s’enfuit d’une relation houleuse, elle laisse l’autre sur le bas-côté. Ne pas se retourner, avancer. Rayer son prénom. Thomas qu’il s’appelle. Le Bourreau.

Clémence.
Elle s’abrite dans une maison.
Il faut tout réinventer. Une nouvelle vie. Un nouvel emploi. Et ces regards qu’on pose sur elle, ces questions qui ne se formulent pas, qui restent coincées dans la trachée de chacun.

Une apparence fébrile.
La tête toujours baissée.

Sandrine Collette conte le drame des relations abusives. De ces femmes emprisonnées sous les serres aguicheuses d’hommes déguisés en personnage courtois. Personne pour la croire, pour imaginer ce qui se dévoile derrière les sourires de Thomas.

Elle réalise Clémence, elle a conscience du danger qu’il représente. Pourquoi prendre autant de temps pour déguerpir ? Pourquoi se sentir coupable, plusieurs fois, de l’avoir abandonné ? L’autrice conte la mécanique du monstre. Les rouages du prédateur. Elle démontre le tissage machiavélique qui s’opère chez la victime.

Jamais de pathos. Jamais d’épanchement qui déborde.

Juste, essayer de faire du beau avec du grave.

Une écriture coup de poing. Des phrases courtes, ciselées. Des mots qui cognent. Premier roman que je lis de cette autrice. Un livre noir. Une embardée dans les pensées d’une femme bafouée.

Les recoins terrifiants de l’obsession.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s